Plasmodium, Toxoplasma, Leishmania : Petits mais puissants ! 1


Le Paludisme, la Toxoplasmose et la Leishmaniose. Des noms de maladies entendues ça et là dans les médias. Mais en connaissez vous réellement les mécanismes ? Comment se transmettent elles ? Quelles sont leurs conséquences ? Etc.

Cela fait beaucoup de questions mais pas de panique ! Nous sommes là pour vous parler des « protozoaires ».

Mais d’abord, pourquoi des guillemets ? Les « protozoaires » sont classiquement définis comme des organismes unicellulaires, en général mobiles, pouvant vivre en colonies ou isolés. Pourtant d’un point de vue phylogénétique (la classification des espèces) et historique, ce groupe n’est plus valable et constitue une collection disparate de familles d’eucaryote unicellulaires peu apparentés (les scientifiques disent un groupe polyphylétique)… Ce terme fourre-tout englobe une immense diversité du vivant dont certains nous rendent la vie impossible, comme ceux dont nous allons vous parler.

Vous me direz « mon petit Jean-mi, c’est bien beau tout ça mais quel est le rapport ? » Et bien parce que les trois maladies cités plus haut sont toute causées par un « protozoaire » !

  • Le paludisme, la star internationale

Le paludisme est causé par des « protozoaires » du genre Plasmodium, appartenant au grand groupe des alvéolates et plus précisément à la famille des apicomplexés. Cette famille a pour

A Plasmodium from the saliva of a female mosquito moving across a mosquito cell

Nous pouvons voir le parasite Plasmodium falciparum (en violet)

particularité d’avoir un complexe apical et de ne pas avoir de poils (que les scientifiques appellent cils).

Cette maladie se caractérise par de la fièvre et une anémie, c’est à dire une diminution de la concentration des globules rouges dans le sang. Les principaux responsables du paludisme sont :

  • Plasmodium falciparum, responsable de la forme la plus grave de paludisme, environ 80 % de tous les cas, ainsi que 90 % des décès et sévissant surtout en Afrique.
  • P. vivax, l’espèce la plus virulente en dehors de l’Afrique (car moins exigeante sur la température).

 

Photo d'un moustique Anophèles, vecteur du paludisme.

Vous le sentez le malaise ? Il s’appelle Anophèle …

Le « protozoaire » Plasmodium est transmis à l’humain via un vecteur  un peu désagréable, les moustiques. Plus précisément par les moustiques du genre Anopheles. Figurez-vous que le comportement de cet animal est manipulé par un organisme unicellulaire, c’est assez fou tout de même! Car oui, le comportement du moustique est modifié par le parasite, l’obligeant à se nourrir plus souvent (source), augmentant ainsi la possibilité du parasite à infecter l’humain (petit malin).

 

Exemple de la modification de P.falciparum (de droite à gauche)

Lors de son entrée dans l’organisme Plasmodium se loge d’abord dans le foie durant 7 jours où il va changer d’apparence : passant d’une forme allongée à celle d’une  sphère. Puis il va se multiplier. Ensuite ces sphères vont migrer dans le sang en s’attaquant à nos chers globules rouge, les faisant ainsi éclater ! Les débris de globules rouge vont se stocker dans les vaisseaux sanguins cérébraux, qu’ils vont finir par boucher, causant ainsi un coma puis la mort de l’hôte. Selon l’OMS il y a eu en 2015, 212 millions de cas de paludisme, dont 429 000 décès (surtout en Afrique, le pays où se concentre 90% des personnes infectées).

  • La toxoplasmose, la mal considérée

T.gondii avec son complexe apical en bas

La toxoplasmose est une maladie causé par Toxoplasma gondii, un « protozoaire » de la famille des apicomplexés tout comme le genre Plasmodium. On dit de cette maladie qu’elle est plus faiblement pathogène pour l’humain car elle n’est inquiétante que s’il s’agit de femmes enceintes. A vrai dire, la maladie n’est pas dangereuse pour la mère, et se transmet directement au fœtus, pouvant causer des malformations ou des retards mentaux . Elle peut également être problématique pour les personnes possédant déjà un système immunitaire très faible. Elle touche un peu plus de 190.000 personnes par an.

L’infection d’un humain par Toxoplasma gondii peut entraîner une modification du comportement et dans de rare cas altérer le Q.I (source). Même si l’humain ne fait normalement pas partie du cycle d’infection de T.gondii, il peut se retrouver infecté par des animaux comme les chats.

Notre cher parasite passe par plusieurs stades de développement, en voyageant d’hôte en hôte comme le font souvent les organismes parasitaires.

Cycle de Toxoplasma gondii chez les Félidés et chez les mammifères dont l’humain

Les deux premiers stades se déroulent chez l’hôte intermédiaire, comme l’humain lorsque celui-ci mange de la nourriture contaminée. Dans le premier stade, appelé tachyzoïte le parasite se déplace dans le corps de l’humain de cellule en cellule grâce à des vacuoles transitoires (sorte de petites poches pour les transport cellulaires). Dans le second stade dit bradyzoïte, il se fixe généralement dans les muscles sous forme de kystes, ceux-ci étant indétectables et bénins.

Ensuite il passe chez les félins lorsque ceux-ci mangent de la nourriture infectée par les kystes, initiant le stade mérozoïte, correspondant au stade où il peut réaliser une reproduction sexuée. Puis enfin il passe au stade sporozoïte, qui correspond à la production des spores infectieuses, le résultat de la reproduction.

Ces spores seront ensuite disséminés dans l’environnement via les déjections félines. Et c’est ainsi que recommence le cycle.

  • La leishmaniose, à la poursuite de la gloire

La leishmaniose doit son nom à un chercheur écossais, William Boog Leishman, qui a été le premier à identifier et décrire la maladie en 1901.

Frottis d’échantillon de moelle osseuse (leishmaniose viscérale)

Ces maladies (car oui ils y en plusieurs) sont transmises par la femelle des phlébotomes (une famille d’insectes qui ont une forte tendance à ressembler aux moustiques). Ces vampires à six pattes transmettent un parasite unicellulaire du genre Leishmania. Encore un « protozoaire » mais très distant des précédents puisqu’il nous faut quitter les alvéolates pour se tourner vers un tout autre groupe d’eucaryotes : les excavates. Et oui, les Leishmania font partie des kinétoplastés, un groupe qui compte également les redoutables trypanosomes.

Chez l’homme ce sont les parties découvertes qui sont exposées aux piqûres, mais cependant il y une autre façon d’être contaminé: rentrer en contact avec des animaux ayant eux aussi été piqués par un phlébotome.

 

 

Dans le monde il y a plus de 14 millions de personnes infectées par ces parasites, dont on recense 30 espèces (dont 21 infectant l’humain) avec 4 formes principales de maladie :

  • leishmaniose viscérale (fièvre + anémie + augmentation de la taille de la rate ou du foie)
  • leishmaniose cutanée (lésion sur le corps), la forme la moins grave
  • leishmaniose cutanée diffuse (pareil que précédemment mais plus sévère), ressemblance avec la lèpre
  • leishmaniose cutanéo-muqueuse (atteint les muqueuses allant parfois jusqu’à la perforation de la paroi nasale ou buccale, vous l’aurez compris la forme la plus grave)

pour une question de sensibilité la véritable photo correspondant à une leishmaniose cutanéo-buccale est accessible en cliquant sur le chaton

Les leishmanioses sont donc un ensemble de maladies qui posent un réel problème de santé publique car selon l’OMS il s’agit de l’une des quatre maladies les plus mortelle avec le paludisme. Mais elle n’est que l’éternelle seconde malgré ses efforts car avec ses 30.000 cas de décès chaque année, elle ne parvient pas à dépasser ce dernier !

 

Vous êtes arrivés jusqu’à la fin, bravo ! Vous pourrez désormais impressionner vos amies/collègues/cette chère tante Liliane au prochain repas. Et libre à vous de (ne pas) paniquer à chaque piqûre d’insecte et de vous laver les mains à chaque changement de litières félines.

 

  • Bibliographie

  • blogs scientifiques :

Toxoplasmose: le parasite qui nous manipule

http://www.pourlascience.fr – article-toxoplasmose-le-parasite-qui-nous-manipule

Le paludisme

http://dridk.me/paludisme.html

De l’utilité de créer son propre zombie…Ou le monde fabuleux des parasites manipulateurs

http://fish-dont-exist.blogspot.fr/2013/11/de-lutilite-de-creer-son-propre-zombie.html

Définition virus/bactérie/parasite

http://www.sudouest.fr/2016/04/25/connaissez-vos-microbes-sur-le-bout-des-doigts-virus-bacterieparasite-2340911-4696.php

Malaria: vaccin, une nouvelle piste

http://evobio.blog.lemonde.fr/category/parasite/

 

  • Articles Scientifiques :

Graham, Andrea L. « Evolutionary Parasitology: The Integrated Study of Infections, Immunology, Ecology, and Genetics by Paul Schmid-Hempel ». The Quarterly Review of Biology 87, nᵒ 1 (1 mars 2012): 76-76. doi:10.1086/663909.

Dumètre, Aurélien, Jitender P. Dubey, David J.P. Ferguson, Pierre Bongrand, Nadine Azas, et Pierre-Henri Puech. « Mechanics of the Toxoplasma gondii oocyst wall ». Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America 110, nᵒ 28 (2013): 11535-40. doi:10.1073/pnas.1308425110.

Frénal, Karine, et Dominique Soldati-Favre. « Un complexe moléculaire unique à l’origine de la motilité et de l’invasion des Apicomplexes ». médecine/sciences 29, nᵒ 5 (1 mai 2013): 515-22. doi:10.1051/medsci/2013295015.

Hurrell, Benjamin P., Steffen Schuster, Eva Grün, Manuel Coutaz, Roderick A. Williams, Werner Held, Bernard Malissen, et al. « Rapid Sequestration of Leishmania mexicana by Neutrophils Contributes to the Development of Chronic Lesion ». PLoS Pathogens 11, nᵒ UNSP e1004929 (mai 2015). doi:10.1371/journal.ppat.1004929.

Ouellette, Marc, Martin Olivier, Sachiko Sato, et Barbara Papadopoulou. « Le parasite Leishmania à l’ère de la post-génomique ». médecine/sciences 19, nᵒ 10 (1 octobre 2003): 900-909. doi:10.1051/medsci/20031910900.

Stuart, Ken, Reto Brun, Simon Croft, Alan Fairlamb, Ricardo E. Gürtler, Jim McKerrow, Steve Reed, et Rick Tarleton. « Kinetoplastids: Related Protozoan Pathogens, Different Diseases ». The Journal of Clinical Investigation 118, nᵒ 4 (1 avril 2008): 1301-10. doi:10.1172/JCI33945.

Wein, Sharon, Michèle Calas, Françoise Bressolle, Socrates Herrera, Alan Thomas, et Henri Vial. « Paludisme : vers un nouveau traitement ! » médecine/sciences 21, nᵒ 4 (1 avril 2005): 341-43. doi:10.1051/medsci/2005214341.

  • Livres :

Hegner, Robert William. Host-Parasite Relations between Man and His Intestinal Protozoa. New York, London, The Century Co, 1927. http://archive.org/details/hostparasiterela00hegn.

Levine, Norman D. Protozoan Parasites of Domestic Animals and of Man. Minneapolis, Burgess Pub. Co, 1961. http://archive.org/details/protozoanparasit00levi.

Lynch, Kenneth Merrill. Protozoan Parasitism of the Alimentary Tract; Pathology, Diagnosis and Treatment. New York, The Macmillan Company, 1930. http://archive.org/details/protozoanparasit00lync.

« Protozoan parasites of domestic animals and of man ». Consulté le 19 février 2017. https://archive.org/stream/protozoanparasit00levi/protozoanparasit00levi_djvu.txt.

  • Extra:

Définition d’un parasite protozoaire par la « Fondation de l’Eau Potable Sûre » (FEPS)

https://www.safewater.org/PDFS/knowthefacts/frenchfactsheets/ParasitesProtozoaire.pdf

Vidéo c’est pas sorcier parlant du paludisme (entre la 20ème et 22ème minute)

https://www.youtube.com/watch?v=XSyQCbKl4ns


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