Monts hydrothermaux : La coloc’ de l’extrême



Les habitants des monts hydrothermaux ont trouvé le moyen de vivre dans des conditions extrêmes. Comment ? En s’assistant pour se maintenir en vie les uns et les autres. Certains nourrissent, d’autres logent, certains cassent tout et d’autres rangent. Ne serait-ce pas la coloc’ parfaite ? Nous avons mené l’enquête.

Prologue

Des monts hydrothermaux : le lieu de vie de nos protagonistes

Des monts hydrothermaux : le lieu de vie de nos protagonistes

Récemment, notre équipe de journalistes d’investigation a entendu parler d’une colocation spéciale au fin fond des océans… Il parait que ses habitants arrivent à survivre à 2500m sous les mers, dans un lieu où les rayons du soleil ne parviennent pas et où la pression dépasse deux-cent cinquante fois la pression atmosphérique. Ces organismes sont nichés près de cheminées sous-marines appelées monts hydrothermaux, lieux où la température des fluides qui sortent de la Terre peut monter jusqu’à 400°C. Mais quel est donc leur secret pour se maintenir en vie dans un milieu aussi extrême ?

Pour mieux comprendre le fonctionnement de cette coloc’, nous avons rencontré un des colocataires : Klaus le crabe.

Klaus : la star de la coloc

Klaus : la star de la coloc’ est un célèbre acteur principalement connu pour ses rôles dans les séries TV “The Octonauts” et “Bob l’Éponge”

  • “Bonjour Mr. Klaus, c’est un honneur de vous rencontrer. Mes collègues et moi sommes de grands fans et…
  • Oui bon allons droit au but, je n’ai pas toute la journée !
  • D’accord ! Nous vous avons contacté car nous voudrions comprendre comment vous arrivez à survivre dans un milieu aussi extrême que les monts hydrothermaux.
  • Eh bien je ne vais pas vous cacher que je dois ma survie à mes colocataires, vous ne vous n’imaginiez pas tout de même que je m’en encombre par plaisir ! C’est grâce à notre coopération que nous sommes tous en vie aujourd’hui. Vous savez, je n’ai pas toujours vécu en colocation… À une époque je vivais dans un palace avec des serviteurs mais mon escroc d’agent a dilapidé toute ma fortune !
  • Je vois… Mais comment avez-vous fait pour rencontrer vos colocataires actuels ?
  • Laissez-moi vous raconter l’histoire depuis le début :

Quelques temps après ma rupture avec Ursula, qui n’en pinçait plus pour moi, j’ai vu une annonce pour un site dénommé HYDROTHERMAL FRIENDS™ dont le slogan était “Rencontrez des jeunes colocataires de votre région”.

Logo du site HYDROTHERMAL FRIENDS : nous fait drôlement penser à la série TV sur nos coloc' préférés

Logo du site HYDROTHERMAL FRIENDS : nous fait drôlement penser à la série TV sur nos coloc’ préférés

J’ai fait un tour sur leur site interwet et je me suis créé un profil (ci-dessous) détaillant mes innombrables qualités.

Je me suis ensuite lancé à la recherche de colocataires. J’ai commencé par chercher un.e bon.ne cuisinier.ère car, je ne sais pas pour vous mais, quand je rentre chez moi, la première chose à laquelle je pense c’est manger ! J’ai fini par tomber sur le profil d’une jeune bactérie qui semblait correspondre parfaitement à mes attentes : une certaine Valérie que j’ai contactée via son profil (ci-dessous).

Valérie m’a tout de suite répondue. Elle était partante pour l’aventure mais à quelques conditions. Elle me demandait d’inclure un Riftia dans notre future coloc’ car elle avait apparemment besoin de sa présence pour vivre. Ce genre de couple fusionnel franchement c’est écoeurant… Elle me transmit le profil d’un certain Joshua (ci-dessous), un jeune et innocent Riftia encore à l’état larvaire qui était à la recherche d’un habitat où se fixer définitivement.

Après un échange avec Joshua, il me fit part de ses inquiétudes concernant les patelles : des vilains mollusques squatteurs de roches qui pourraient l’empêcher de se fixer. Heureusement pour lui, j’avais déjà reçu un message via HYDROTHERMAL FRIENDS™ d’une anguille nommée Camille dont la spécialité était l’expropriation de patelles. Contrairement à mon habitude, j’ai demandé à mon agent de la recontacter via son profil (ci-dessous).

Ma coloc’ me semblait parfaite mais il y avait une petite chose, sans grande importance, que j’avais oublié de préciser à mes futurs coloc’ : à cause de la crise financière je n’avais pas encore trouvé de mont hydrothermal libre à la location… Je me dirigeais donc vers les annonces de HYDROTHERMAL FRIENDS™ et parmi les profils de personnes qui proposaient leur habitat, se trouvait celui de Jean-Hubert (ci-dessous). Jean-Hubert était un lucernaire de la haute qui vivait dans un gigantesque mont hydrothermal hérité de son grand père et qui cherchait des serv… Gens pour l’aider dans son quotidien (faire les tâches ingrates à sa place) ce que j’ai “malencontreusement” omis de préciser à mes coloc’.

Nous avions enfin un logement, je pensais en avoir fini avec l’organisation de la coloc’ et j’étais prêt à déménager quand je reçus un appel de mon agent, paniqué. Il venait de recevoir une lettre de menace qui m’était adressée. L’auteur de cette lettre n’était d’autre que Paul le “poulpe”. Cet énergumène était connu dans le milieu pour avoir truqué un bon nombre d’évènements sportifs, ce qui l’avait rendu extrêmement riche. Il avait réussi à duper le monde entier en se faisant passer pour une pieuvre commune Octopus vulgaris aux dons d’oracle (pour en savoir plus lisez cette coupure de presse). Pour d’obscures raisons, il voulait faire partie de notre colocation et allait jusqu’au chantage pour obtenir ce qu’il voulait. Ne vous méprenez pas, j’ai accepté sa requête car je ne voulais pas être seul au milieu de toute cette plèbe. Cela n’a aucun rapport avec ces prétendues photos compromettantes qui ne sont que des faux grossiers ! Je demandais simplement à Paul de faire un profil (ci-dessous) sur le site HYDROTHERMAL FRIENDS™ pour mieux faire passer la pilule à mes coloc’.

Le jour de l’installation, Camille l’anguille a commencé sa chasse aux patelles pour que Joshua le riftia puisse s’installer. Valérie la bactérie a tout de suite pris les choses en main et a produit de la matière organique pour Joshua et moi. Comme prévu, Jean-Hubert le lucernaire n’a pas bougé pour nous aider et Paul le “poulpe” a passé son temps à nous tourner autour avec un regard effrayant.

Depuis nous avons été rejoints par toute une colonie de riftias (des cousins de Joshua si j’ai bien compris) ainsi que par des bactéries (des copines de Valérie il me semble), des anguilles, des lucernaires, des poulpes et j’ai récemment aperçu des crevettes se cacher derrière un groupe de Riftias.

Petit récapitulatif du rôle de chacun des colocataires

Petit récapitulatif du rôle de chacun des colocataires

J’espère vous avoir permis de mieux comprendre notre mode de vie. C’est toujours un plaisir de raconter ma vie et d’éclairer les esprits simples par mon intellect supérieur !”

Notre enquête se conclut sur ces rares sages paroles de Klaus : “Pour vivre dans un milieu extrême et reculé, les espèces doivent vivre en communauté et s’associer pour survivre.”

Epilogue

Quelques temps après notre interview, nous avons essayé de recontacter Klaus et ses coloc’ pour un photoshoot censé illustrer notre article. Nous n’avons jamais reçu de réponse, à notre grand étonnement puisque nous connaissions bien Klaus et savions qu’il n’avait jamais refusé un portrait… Ce peut-il que cela soit un exemple de prédation ? Cela aurait-il quelque chose à voir avec Paul le “poulpe” ?

À suivre lors de notre prochaine enquête…

Pour plus d’infos croustillantes sur notre enquête : la bibliographie

(Ces infos sont croustillantes mais ne se mangent pas)

Si vous voulez en apprendre plus sur Klaus le crabe :

  • Goffredi, S.K., Jones, W.J., Erhlich, H., Springer, A., & Vrijenhoek, R. C. (2008). Epibiotic bacteria associated with the recently discovered Yeti crab, Kiwa hirsuta. Environmental Microbiology, 10(10), 2623‑2634. https://doi.org/10.1111/j.1462-2920.2008.01684.x

Dont son apparition dans une série TV : https://www.youtube.com/watch?v=0PsYc0Bmx54

Ou sur Valérie la bactérie :

  • Campbell, B.J., Engel, A.S., Porter, M.L., & Takai, K. (2006). The versatile ε-proteobacteria: key players in sulphidic habitats. Nature Reviews Microbiology, 4(6), 458‑468. https://doi.org/10.1038/nrmicro1414
  • Wirsen, C.O., Sievert, S.M., Cavanaugh, C.M., Molyneaux, S.J., Ahmad, A., Taylor, L.T., DeLong, E.F., Taylor, C.D. (2002). Characterization of an Autotrophic Sulfide-Oxidizing Marine Arcobacter sp. That Produces Filamentous Sulfur. Applied and Environmental Microbiology, 68(1), 316‑325. https://doi.org/10.1128/AEM.68.1.316-325.2002

Ou sur Joshua le riftia :

  • Hand, S. C. (1987). Trophosome ultrastructure and the characterization of isolated bacteriocytes from invertebrate-sulfur bacteria symbioses. The Biological Bulletin, 173(1), 260‑276. https://doi.org/10.2307/1541878

Ou sur Camille l’anguille :

  • Sancho, G., Fisher, C. R., Mills, S., Micheli, F., Johnson, G. A., Lenihan, H. S., Peterson, C.H., Mullineaux, L.S. (2005). Selective predation by the zoarcid fish Thermarces cerberus at hydrothermal vents. Deep Sea Research Part I: Oceanographic Research Papers, 52(5), 837‑844. https://doi.org/10.1016/j.dsr.2004.12.002

Ou sur Jean-Hubert le lucernaire :

  • Lutz, R. A., Desbruyères, D., Shank, T. M., & Vrijenhoek, R. C. (1998). A deep-sea hydrothermal vent community dominated by Stauromedusae. Deep Sea Research Part II: Topical Studies in Oceanography, 45(1), 329‑334. https://doi.org/10.1016/S0967-0645(97)00047-7

Ou sur Paul le “poulpe” :

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