Le bois de Vincennes hanté par les bancs de la fac ?


Photos aériennes de l’emplacement de l’université de Vincennes (périmètre d’étude du projet de recherche, représenté en rouge) sur trois années 1976 (avant la destruction de l’Université), 1982 (après la destruction) et 2017. Source: BD ORTHO® Historique

« Vincennes, c’est pour les emmerdeurs » – Charles de Gaulle

Sous l’impulsion du mouvement de mai 68, l’Université expérimentale Paris 8 est fondée dans le bois de Vincennes. Lieu de culture et d’échanges, cette université envisage la diffusion des savoirs en cassant les normes académiques. Professeurs et étudiants se considèrent alors comme des collaborateurs et les cours sont ouverts aux non bacheliers (1). Le côté révolutionnaire de ce lieu, à la fois attirant et dérangeant (2), finit par créer des tensions et est perçu comme une menace pour l’enseignement “classique”. Après plusieurs années d’indécision, les bâtiments de la fac sont finalement rasés en quelques jours en 1980 et l’université est transférée à Saint-Denis (3).

Il a été démontré à plusieurs reprises que l’usage passé des terres pouvait avoir un impact rémanent sur la biodiversité des forêts (4, 5). Or, après la destruction de l’université, les gravats et le bitume ont été laissés sur place, recouverts par quelques centimètres de terre. Une nouvelle question se pose alors : cette destruction brutale qui a marqué les mentalités peut-elle également avoir laissé des traces dans la végétation qui recouvre désormais la zone ? C’est l’objet de l’étude menée par la promotion 2018-2019 du Master 2 Espace et Milieux de Paris 7 sous la direction du LADYSS (5). Des relevés floristiques ont été effectués en forêts et en prairies et une analyse de l’évolution de l’occupation du sol depuis 1921 a été réalisée à l’aide d’un logiciel de SIG (7). Une plus grande diversité floristique sur les placettes et les quadrats des anciens bâtiments et anciens jardins de la faculté est attendue. C’est ce qui ressort des premières analyses effectuées (8). Mais le projet demande encore de nombreux mois de travail afin de vérifier les hypothèses proposées (9).

Qui sait, peut-être que la nature porte en elle les traces de cette fac à l’histoire si riche. Affaire à suivre…

CARDONNET Sarah, DUVAL Quentin, ESPINOSA Eve, GABRIEL Clémence, GALLOIS Amandine, LATTUGA Thomas, SAUVAGE Margaux

(1) CADET Jean-Jacques, Histoire de l’université de Paris-VIII, L’Humanité, 2013. Disponible ici.
(2) LINHART Virginie, Vincennes l’université perdue, ARTE France, Agat films & Cie, 2016, Disponible ici.
(3) Vincennes ‘70s: Sur les arts à la faculté de Vincennes de 1969 à 1980, 2015. Photos disponibles ici.
(4) DUPOUEY J. L., DAMBRINE E., LAFFITE J.D., MOARES C., 2002, Irreversible impact of past land use on forest soils and biodiversity, Ecology, 83 (11), p.2978-2984.
(5) KOERNER W., DUPOUEY J.L., DAMBRINE E., BENOÎT M., 1997, Influence of past land use on the vegetation and soils of present day forest in the Vosges mountains, France, Journal of Ecology, 85, p.351-358.
(6) Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces
(7) Système d’information géographique. Logiciels QGIS version 2.18 et ArcMap version 10.5.1.
(8) Premiers résultats présentés le mercredi 12 décembre 2018.
(9) Publication prévue en 2019.
Pour aller plus loin:
AYESTARAY Valérie, L’université Paris VIII, de Vincennes à Saint-Denis, France inter, 2016. Audio disponible ici.
BIRNBAUM Jean, Le jour où la fac s’est tue, Le Monde, 2016. Disponible ici.
SCHMITT Olivier, L’université de Vincennes sera démolie, Le Monde, 1980. Disponible ici.

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